Allé au revoir Ronsard

Ton corps est une fleur que jamais on ne cueille
Le temps sur lui passe, et sur le mien pareil
Nos rides pousseront en cœur sur nos pétales
La fraîcheur des rosées, toujours nous délasse

L’infini, tes couleurs, traversent l’espace
Dans ma mémoire elles sont vives, des étoiles
Ta lumière, aussi loin que je m’en souvienne
À garder la grandeur de sa fougue suprême

Et si le feu est petit, ce soir, entre nous deux
Par le temps étendu sur les flammes bleues
Le rouge si profond des braises dans tes yeux
C’est le vertige d’une vie ancienne et neuve

Nous pourrons nous tourner, douter, dire de celui
Qui pressait ta beauté à peine nubile
Buvant charogne à ton sein, sa terreur stérile
Cet infâme avait peur, si peur de vieillir

Un voleur, une violence et les deux à la fois
Appuyé sur la tête d’un bouquet de roses roses
Mais voilà les jardins où l’on ne voit que toi
Et toi toujours si jeune là même où il repose

PARUTION LA PERSÉE – Le spaceship a décollé

(INFO LIBRAIRIES ET COMMANDE EN BAS DE PAGE)

Plaisir, et fierté de partager ENFIN ! la parution de mon premier recueil – La Persée – mon premier spaceship, ma Roll’s, ma fusée.

Ce livre a commencé quand je devais avoir 4 ou 5 ans. Il traverse ma vie. C’est une ligne majeur sur mon chemin. Ce livre c’est le voyage de mon corps. Un corps chargé de questions et d’inquiétudes, de violence et de trahison. Parce qu’il ne se reconnait pas, il se cherche, se conforme, se plie, se rebelle, se déplace, s’épuise, se relève, tombe, se relève, tombe. Un jour explose. Éparpillé en mille morceaux, assez pour ne plus le reconnaître. L’écriture commence au moment où je ressoude les morceaux. Ils forment un autre visage. Celui, enfoui caché malheureux prisonnier enfermé torturé, qui attendait de venir. Le visage que je porte aujourd’hui, qui a traversé l’espace, le temps, les cases et surtout, les genres. 

Ces poèmes condensent des questions sociales, existentielles, artistiques, bénignes et futiles, des moments de fracture, la possibilité de se reconstruire, des émotions banales, des émotions héroïques. Ils invoquent celle dont on ne voit presque pas le nom mais dont la présence vitale a permis leur existence, la liberté de s’appartenir et de se réinventer. J’ai abouti ce recueil 32 ans après l’avoir commencé, le jour où cette liberté, tombée sur mon corps comme une vague, m’a aidé à traverser la mer pour me retrouver. 

Si ça vous parle de voyager avec moi et surtout à l’intérieur de vous-même le livre est dispo
> À LA COMMANDE VERS TOUTE LA FRANCE ET À L’INTERNATIONAL EN CLIQUANT ICI
> EN LIBRAIRES :
— Paris LES MOTS À LA BOUCHE – 37 rue Saint-Ambroise 75011
— Bordeaux LA MACHINE À LIRE – 8 Place du Parlement 33000

RÉFLEXIONS et RESSOURCES

UPDATE – Une émission avec la professeur de philosophie Nadia Yala Kisudiki sur les mouvements anti-raciste actuellement en France, une analyse moderne et très juste !

+ Découvrir la philosophe Seloua Luste Boulbina et notamment son dernier livre Les Miroirs Vagabonds ou la Décolonisation des savoirs

+ Redécouvrir Kateb Yacine – romancier, poète, auteur de pièce de théâtre – Notamment son roman Nedjima (le plus connu) mais aussi Le Cercle des Représailles (pièces de théâtre).

+ Redécouvrir l’oeuvre d’Alain Mabanckou notamment ses romans Bleu-Blanc-Rouge et Verre Cassé

Cet article tente de rassembler des textes, des paroles, des images nécessaires à notre éducation.
Tout ce qui est réunit ici soulève des réalités de la société française et de sa culture.
Les luttes et les revendications qui se déroulent actuellement aux États-Unis, qui remettent en question et dénoncent le suprémacisme blanc trouvent leur continuité ici.
Il me semble important de démêler le contexte dans notre propre culture, pointer notre ancrage raciste dans l’histoire, pour être en mesure de le relier à l’histoire mondiale.

En premier lieu ce texte d’Aimé Césaire, à mes yeux FONDAMENTAL pour comprendre la plupart des mécanismes du racisme en France par une analyse de l’histoire coloniale française, il fait un état des lieux ultra pertinent en 1950, malheureusement toujours d’actualité. Le texte est court, il peut se lire et se relire, il est très très riche, et l’écriture est magistrale.
AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS SUR LE COLONIALISME

La France porte encore trop l’idée que le colonialisme était une entreprise pour le bien des peuples colonisés – en lien l’article vers le projet de loi de 2005 qui tendait à inscrire dans les manuels scolaires d’histoire que la colonisation a donc été une entreprise bénéfique pour les colonisés, porté par Jacques Chirac et Michèle Alliot-Marie. Procédé parfaitement malhonnête, l’association faite à l’article 4 était littéralement honteuse. Exemple de paternalisme et de la structure patriarcale de notre société.

Un élément d’information récent qui en dit long sur l’emprise que la France à tant de mal à lâcher notamment d’un point de vue économique sur d’anciens pays colonisés :
WIKIPÉDIA « FRANC CFA »
« Le 20 mai 2020, La fin du Franc CFA est validée par l’adoption d’un projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat français qui entérine cette monnaie commune par le Conseil des Ministres français, le 20 mai 2020. La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor Public français. La nouvelle monnaie unique ouest-africaine (Eco) devrait voir le jour en juillet 2020. »

À la suite du texte de Césaire, voici un lien vers la préface du livre Peau noire masques blancs de Frantz Fanon. Ce livre se trouve facilement en librairie pour moins de 9€.
Oeuvre elle aussi fondamentale pour comprendre plusieurs principes, notamment les problématiques de construction et de destruction identitaire, de déculturation – à différencier de l’acculturation (lien vers l’article Wikipédia) – et son impact psychologique notamment.

Et voici un lien vers une émission à son sujet sur France Culture – découvrir son travail et son oeuvre :
EMISSION SUR FRANTZ FANON 

Ainsi qu’un podcast du journal de la philo (très court – 6 minutes) De quoi le blanc est-il la couleur ? qui évoque Fanon et des idées encore trop peu débattues et étudiées en France, la blanchité ou blanchitude, développé dans cet article France Culture à nouveau – Blanchité et race : pourquoi ce déni tenace ?

Lien vers les deux livres de Toni Morrison cités dans l’émission précédente.
Playing in the dark et Étranger chez soi.
Mais aussi à lire L’origine des autres, qu’est-ce qui motive la tendance de l’être humain à créer les Autres ?
Pour ceux qui ne connaissent pas Toni Morrison, en plus de ces ouvrages théoriques et essais, vous pourrez trouver très facilement ses romans en librairie, ils existent en poche. Ils représentent tous de très grands enseignements. Elle est tout simplement une écrivaine incroyable et aborde les questions de racisme, de ségrégation, d’esclavage avec une intelligence incroyable. Grâce à ses écrits, elle offre à ressentir des émotions nécessaires.

Ressentir des émotions permet de dépasser la barrière de la raison, de la mauvaise foi et des réflexes protectionnistes. J’insiste sur ce mot parce que je pense que comprendre peut devenir un mécanisme de défense pour accepter une idée en surface, tout en ne la faisant pas exister, en ne la vivant pas. On peut citer par exemple les revendications féministes en France, qui existent depuis plus de 100 ans. Les changements réels dans la société sont incroyablement lents à se concrétiser, sachant qu’ils le sont le plus souvent suite à des luttes et des revendications répondant à des crises majeurs – exemple le droit de vote accordé aux femmes à la toute fin de la seconde guerre mondiale…

Ici vous trouverez un lien vers le documentaire de Raoul Peck, I’m not your negro qui suit l’écriture d’un texte de James Baldwin. Un document fondamental pour revivre et saisir les enjeux du racisme américain, de la ségrégation, les conséquences historiques et sociales d’une société fondée sur la destruction du peuple amérindien et l’esclavage d’un peuple africain.
Vous pourrez trouver aussi facilement de nombreuses interviews en extrait dans le documentaire sur YouTube, notamment le débat que Baldwin a tenu à Cambridge en 1965 contre William F Buckley – en lien ici et un entretien entre lui et Nikki Giovanni. (Le travail poétique de Nikki Giovanni aussi est à découvrir !)
Comme pour Toni Morisson, vous pourrez trouver facilement les romans de James Baldwin en librairie en format poche. Ses livres sont tout aussi beaux, importants, riches, éducatifs, profonds… Il traite aussi de sujet tel que l’homosexualité ou la bisexualité.

Sur d’autres thématiques (trauma, remise en question personnelle…), une vidéo courte et très pertinente de @sonyareneetaylor « White trauma becomes white violence. DO YOUR HEALING WORK ! ». Sonya est auteur et poète, et vous trouverez de nombreuses vidéos sur son compte. Je la rejoins tout à fait dans l’idée de trauma. Pour ma part, et sans entrer dans des détails personnels, c’est en évoquant des questions de légitimité et de déformation identitaire en thérapie psy – en l’occurence une thérapie centrée sur la résolution des traumas –  que ma vision de ma culture et de mon éducation est devenue beaucoup plus claire. J’ai pu faire face aux éléments douloureux de ma propre histoire, les accepter (oui ça fait mal !), mais finalement aussi en guérir et changer, briser le cercle. DO THE WORK 🙂
Dans cette autre vidéo de Jerry Hide, je rejoins son propos quant au fait de se questionner et d’entrer en introspection pour trouver en soi-même nos réflexes racistes. Jerry travaille davantage sur les violences domestiques et l’agressivité masculine. Vous trouverez aussi sur son compte des vidéos sur ce sujet.
Toujours sur Instagram @janayathefuture fait de nombreuses vidéos, What you must do to find your voice développe une parole extrêmement éclairée sur la douleur et la peine qui nous pousse trop souvent à l’isolement. Moses Sumney en a fait une des thématique de son dernier album, Græ, qui est en plus d’une grande intelligence, d’une grande beauté ! Pour revenir à Janaya Future, toutes les vidéos que vous trouverez sur son profil sont à voir, son exploration des identités trans est aussi hyper instructive.

Dans un tout autre registre voici un lien vers le documentaire Sauvages, au coeur des zoos humains. Pour voir ce qu’a produit notre culture, une vision de la cruauté du suprémacisme blanc et européen, très réel, dans des mises en scène macabres.
DOCUMENTAIRE : SAUVAGES, AU COEUR DES ZOOS HUMAINS

Pour ces deux dernières références j’en viens à un tout autre registre, qui tend davantage à questionner de l’intérieur la culture européenne, blanche. De l’artiste Pipilotti Rist, sa vidéo Color is dangerous accompagné d’une interview au sujet de ce travail. Elle développe une réflexion quant au rapport à la couleur dans l’art au sein de notre culture blanche.

Voici le lien vers le livre (en ligne et en anglais) dont Rist parle en interview, Chromophobia de David Batchelor. Il propose une analyse historique du rapport à la couleur dans l’art et la culture européenne.

En tant que blanc, nous devons lutter contre notre réticence à nous remettre profondément en question. Nous devons ressentir, en acceptant les paroles, les questions, les réalités et surtout en acceptant de perdre.
Nous devons apprendre à perdre pour abandonner notre culture du privilège, notre culture de la hiérarchie sociale et raciale qui domine et asservie arbitrairement et d’après des principes antiques. Nous devons remettre en question notre culture et comprendre que le problème même s’il est très ancien, reste le même aujourd’hui. Créer une rupture doit nous permettre la perte et la destruction saine et nécessaire de privilèges racistes. Pour ma part savoir d’où je viens (de familles européennes blanches) c’est pouvoir dire « Oui. Oui je descends d’individus qui ont participé à la construction de cette culture, et oui je suis prêt à sacrifier ses privilèges pour le bien de tous. »
Il faut réfléchir au sentiment de légitimité et d’illégitimité. À notre culture judéo-chrétienne qui nous enseigne des réflexes de honte et de flagellation qui sont parfaitement inutiles. Trouver là où sont encore cachés les réflexes et les constructions mentales lié à cette culture du péché, de l’impureté, du rachat des fautes par la souffrance extrême et la victimisation, la compulsion à accumuler des richesses supposer nous assurer et nous suivre dans un éventuel paradis, toutes ces constructions sont à remettre en question.

S’agrandir avec le temps

Un long silence,
Une longue solitude,
Des flash lumineux et une voiture qui roule doucement dans l’obscurité.
Beaucoup de temps de réflexion.
Beaucoup.
Vraiment beaucoup.

 

Une paire d’orchidée qui sort lentement du centre de mes yeux,
Qui pleurent,
Des gouttes d’un liquide rouge qui n’est pas du sang.
Elles s’extirpent de mes pupilles,
En s’appuyant sur les os qui se trouvent sur le côté de mon visage.
Sur ma langue poussent des polypes d’une forme de vie,
Inconnue.
Ma bouche est une forêt,
Difficile à embrasser.
J’aimerais aimer,
Mais les deux côtés de la balance sont tétanisants.

 

Depuis tous ces long mois,
Je bâtis en patience une existence décisive.
Quand je me repose la nuit,
Mon corps tremble de tristesse, de joie, de bonheur,
Et l’eau se déverse lourdement sur mes rêves.
Dans mon lit,
Creusé au centre de là où il faut,
Je tremble avec mon corps qui tremble.
Je recouvre mon corps de mousse.
Mon corps se confond avec elle.
La terre a teinté ma peau d’un ton brun naturel.
J’ai chaud,
Et j’ai froid en même temps.
L’air est aussi doux que la peau d’un enfant sauvage.

 

C’est à cet endroit que se concentre la moelle.
Je la bois,
Chaque matin,
En toute dépendance.
Elle m’aide à ne pas regarder sur les côtés,
À ne voir que les choses invisibles,
Et nourrit les polypes,
Qui bientôt,
Vont me quitter.
Avec ma sueur,
Je consolide le présent,
Balles d’argile moelleuses,
Qui collent parfaitement entre elles.
Je mange des longues tresses de racine,
Sans savoir si je les apprécie.
Pourtant je ne peux manger que ça.
Elles m’aident à faire corps,
À faire la vie,
À faire le vide.

 

Parfois les flashs lumineux repassent,
Brutalement,
Au milieu de l’obscurité.
Et la haine monte en moi,
Avec leur lumière qui s’approche. (Son d’oppression).
Je crie,
Comme tu n’entends jamais crier personne.
Je crie incroyablement fort.
Les flashs s’éloignent,
Avec leurs provocations et leurs menaces.

 

Et j’ai peur que les orchidées,
Jamais ne reviennent.
Je les attend,
Pendant des jours,
C’est un véritable supplice.
Lorsque la haine est vraiment partie,
Et que les racines ont nettoyé mon corps,
Doucement elles remontent à mon regard.
Très loin de ce que les gens ont appelé la vie,
Je bâtis une existence décisive,
Qui est exactement comme la vie.
Pourtant ce n’est pas elle.
Des fois je me dis,
Il y aurait vraiment de quoi se méprendre.

HAIR STYLE STORY

 Pourquoi on fait, et pourquoi on partage ce genre de photos ? Je sais pas.
On les a faites comme on plante un drapeau dans son propre corps. Ça fait pas mal ça fait de la joie.
J’imagine juste que c’est important, de temps en temps, de faire savoir au monde
que je me sens incroyablement bien avec tous ces trucs sur mon corps.
Car sans, je me sentirais plus moche encore.
Merci 1000 x @diane_barbier pour ces photos 😉
#photo #naturelle #hair #art #januhairy #maipoils

 

 

Ça manque de place ici

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.
On verra si ça me rend plus intelligente.
On verra si ça reste.
On verra si ça parle encore dans 200 ans à quelqu’un d’autre que moi.
On verra si ça m’ouvre les portes de la pleine conscience.
On verra surtout si ça me laisse un peu plus de place pour penser à autre chose.

J’espère que j’abandonnerais sur ce bloc la question de mon humanité.
Qu’après ça je n’aurais plus à douter.
Je serais libre, libre d’être un chien, un chat, une chèvre, un cheval,
une chenille, un chamois, une chouette,
Une chose, un chapeau, un chagrin, un chemin ou une chimère.
Un enfant lion, Kant en forme d’éléphant, une femme dauphin, un moine avec des ailes de pigeon.
J’espère que ça me laissera assez de place pour avoir des bras de fer,
Des jambes à ressort et comprendre l’amour des plantes.
Parce que la Terre est vaste, l’océan est profond, le ciel est immense,
On a beau être tout petit nos esprits sont larges et surtout… on est très nombreux.
J’espère que ça me laissera assez de place pour penser à Dieu sans avoir les yeux qui pleurent,
Je pourrais penser à Dieu et ne pas penser en ennemi.
J’espère que j’aurais assez de place pour me débarrasser du traumatisme millénaire de la religion.
Et pouvoir sans peur, sans appréhension, sans morale, sans code, sans honte,
Échanger avec un Dieu qui n’a ni nom ni culte, mais qui, d’une manière ou d’une autre
Me donne toute la place que les êtres humains ne peuvent pas me donner.

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.
On verra si ça me rend plus légère
On verra si ça m’arrache à l’attraction terrestre
On verra si ça me donne du coeur
On verra si ça passe
On verra surtout si ça change la forme du temps.

J’espère que j’abandonnerais sur ce bloc la question de ma mort.
Qu’après ça je n’aurais plus à avoir peur.
Je n’aurais plus à hurler très fort pour taire les souvenirs
Que me ressasse un fantôme qui veut péter mon avenir
J’espère que ça changera des soirs où je joue au squash face au mur du son
En compagnie du dernier malaise qui me cloue sur une croix
J’espère que je n’aurais plus à jouer au squash pour tromper la peur
Pour tromper mon esprit
Je n’aurais plus à jouer au squash pour abattre les fantômes
Et occuper mes nuits
J’espère que je gagnerais la prochaine partie
Et que ça me laissera assez de place
Pour dormir dans mon lit
Et ne plus déambuler dans l’espace
Comme un mort-vivant
Entre le jour où je nais
Et celui où je découvre le poids du temps.
J’espère que ma dernière balle crèvera le mur du son
Et qu’un souffle interminable
M’emportera au loin
À l’endroit où on joue au jeu de l’amour
Avec un être vivant
Et cette personne
Qui n’est pas un homme
Qui n’est pas une femme
Qui n’est pas un animal
Qui n’est pas une fleur ni une plante
Qui n’est pas un coucher de soleil
Ni le chant des planète
Cette personne qui n’existe pas
Avec qui je n’existe plus
Me tient la main.
Je tiens la sienne
À peine,
Si nos mains sont des mains. 

On aura disparu
On se sera volatilisé
On aura pris une autre forme
Encore que celle de la fumée
On sera devenu les quelques mots
Gravés
Dans le bloc de granit

Je suis un être humain.
Je suis libre.

LE COMPLOT MONDIAL DONT VOUS ÊTES LE HÉROS

Un demi milliard de mails.
Un demi milliard de mails, m’attendent dans ma boîte.
Des centaines de milliers de millions de lignes
Qui disent comment,
Pourquoi,
Avec quel produit,
De quelle manière,
Et pour quelle raison
Il faut que j’existe.

—————–Un demi milliard de mails
Un demi milliard de mails et des centaines de milliers de millions de lignes.
Ils m’attendent,
Je le sais.
L’Ordre Mondial à ma Porte,
Au pied de ma Messagerie.
Qui parlent dans ma tête
#jelesentendtoutletemps
Des injonctions,
Des conseils,
Des vérités universelles
Se bousculent dans mes yeux.
Ils ont planté en moi la certitude inébranlable que je dois continuer à chercher.
C’est un complot.
#jelesentendtoutletemps
C’est un complot mondial, écrit en plusieurs langues.
Je ne sais pas qui
Ni combien d’êtres humains dirigent,
Nourrissent,
Développent ce complot.
Tout ce que je sais c’est qu’on me fait oublier qui je suis.
Violemment.
Constamment.
Individuellement.
Face à ma solitude,
Face à mon ordinateur.
Ils me disent :
« Je sais mieux que toi-même qui tu es.
Fais-moi confiance.
J’ai ce qu’il te faut.
J’AI CE QU’IL TE FAUT. »
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
Une masse sans couleur,
Sans lumière,
Fond sur mon esprit.
Un doute,
Majeur,
Mineur,
Absolu,
Formidable,
Misérable,
Enfantin,
Final,
Broie précisément les colonnes de mon esprit.
Je les écoute et je ne sais plus qui je suis.
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
#jenesaisplusquijesuis
Je ne sais plus d’où je viens
—————–Je regarde dans leur direction
Je ne sais plus où je vais
—————–L’aboutissement qu’ils me tendent s’éloigne sans cesse
Je ne sais plus où je suis
—————–Ils m’ont dit que ma place se trouve dans un paradis qui ne cesse de se déplacer
Je ne sais plus quand je suis
—————–Ils ont tué le passé, glorifié le futur et fait du présent une zone impossible
Je ne sais plus qui je suis.
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
#jenesaisplusquijesuis
#ilsontlaformedemonangoisse

En réalité je suis actuellement seule, débout, au milieu d’un désert, d’eau, de sable, de pierre, d’arbres.
Et je ne sais qu’une seule chose, c’est que je peux encore respirer.

Je te repousse

Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Plus loin
Que la fin
De ma peau

Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Constamment
En taisant
Chacun de tes mots

Je découpe
Je découpe
Je découpe
Je découpe
Je découpe
Lentement
Mes muscles
Mon cerveau

J’extraie
J’extraie
J’extraie
J’extraie
J’extraie
Les racines
Profondes
De l’eau

Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Et leur cendres
Nourrissent
Ma renaissance

Je suis
Je suis
Je suis
Je suis
Je suis
Devenue
Bien plus
Que ta fille

———-

Tu es revenue
Et je vais mieux
Je cicatrise
Quand tu es loin

Je suis ici
Ça me va bien
Même si des fois
Je ne fais rien

Tu ne t’en vas plus
Et je suis là
Anti-chambre
De l’au-delà

Je te libère
J’ai de la place
Pour être seule
Et me faire face

Une épine dans la chatte

Y’a 6 jours c’était la journée de la femme. Et il y a un an et 6 jours c’était aussi la journée de la femme. Et tous les ans depuis sa création, le 8 mars est le jour de la journée de la femme. Qui arrive dans la tête des gens, comme la fête des mères ou un truc du genre. Comme un truc qui arrive, qui fait quand même un peu chier, mais que c’est la vie.
Comme un truc sans grand intérêt, à peine intéressant. Qui pousse le genre de pensée : « Et à quand la journée de l’homme alors ? ».
Ah ben oui ça putain !! C’est quand la journée de l’homme ?!! C’est tout le reste de la semaine, c’est tout le reste du mois, tout le reste de l’année, 364 jours sur 365, la grande fête du quotidien, la joie d’un événement qui se répète éternellement, à l’infini.
C’est la teuf constante, le bonheur de la virilité tous les jours, c’est journée « Steak et Pipe » forever. Sauf le 8 mars.
Le 8 mars c’est « Colin et Haricot Vapeur » day. C’est chiant. C’est nul. Ca pue, ça n’a aucun goût, c’est naze, ça sent pas la grosse transpi, ça rit pas assez fort, ça s’intéresse à autrui, ça pose des questions, ça se pose des questions, ça cherche pas toujours à imposer le film avant de dormir, ça pisse pas debout. C’est le « Colin et Haricot Vapeur » day quoi.
C’est long une journée. Et en même temps c’est si court. C’est une goutte d’eau dans un océan de foutre. C’est un ovule au milieu d’un milliard de spermatozoïdes. C’est l’attaque sanglante de toutes ces têtes aveugles sur la forteresse sacrée d’un ovocyte solitaire.
On casse la tronche à la gamète, et on se barre. La plupart du temps ça donne rien, parce qu’on veut pas de ce genre de responsabilité. Alors les spermiz’ crèvent dignement sur le champ de bataille, s’engluent dans la chatte, oublient aussi vite qu’ils ont pris conscience, et c’est la fin.
Alors pour tous les spermatozoïdes morts on fait « Steack et Pipes » forever, et puis pour l’ovule on a le 8 mars.

Mais on oublie les milliers d’ovules gâchés, morts avant même d’avoir existé. Perdu dans des litres de règles douloureuses, les centaines de pilules avalées comme des kilomètres de barbelés. On oublie la peur, les pertes de mémoire, les pilules spéciales lendemain foireux, l’IVG par aspiration, les sueurs froides, la douleur de se sentir détruit e de l’intérieur, l’évacuation, la responsabilité, la culpabilité.
Par contre on pense souvent à tout ce sperme étalé sur des milliers de visages, sur des tonnes de seins et de poitrines, des quintaux de culs, on se passe en boucle des « Extrem Bukkake », on jouit, on jouit, on jouit. On a en dans la bouche, sous les ongles, entre les doigts, dans un repli de petites lèvres, sur le cul, ici et ailleurs bien visible, bien vivant.
Le sang se cache dans les petits bouts de coton. Disparait sans avoir jamais existé, retourne à l’ombre sans en être jamais sorti.
Et on a beau manger des tonnes de viandes rouges, boire de la bière, jouer au foot, sentir des pieds, avoir des grunges et rire très fort, le sang coule à l’intérieur, le sperme s’étale et le 8 mars ne dure qu’une journée.

Mars 2012